Il était une fois par Baba Squally (Bio de Christophe Ferrand)

 

Christophe Ferrand

Il était une fois Le Dié

« Chapeau de fauché, mais pas d’ardoise » chante avec une distinction non feinte, le Dié sur And the Glorious, un des treize titres de son premier album. « Chapeau de fauché, mais pas d’ardoise », ça pose un homme !

Le Dié, Christophe Ferrand de son vrai nom est né le 20 avril 1963 à Dieppe, mais c’est à St-Nicolas en Forêt, bourgade de la commune d’Hayange (Moselle) qu’il grandit dès l’âge d’un an. De son enfance alsacienne, il ne garde que des bons souvenirs : « Mon père travaillait dans la sidérurgie, ma mère s’occupait de nous et de la maison » raconte-t-il avant d’ajouter comme pour dater au charbon ses premiers émois musicaux : « Tous les dimanches, ils traversaient la rue pour aller danser aux sons de l’orchestre de bal dans la salle des fêtes située juste en face. A 5 ans, j’ai commencé à les accompagner semaine après semaine. ».

A dix ans, Christophe, son père, sa mère, sa sœur et ses deux frères retournent en Normandie. « On a fait le voyage en camion. J’ai pleuré presque tout le temps. C’était un véritable déchirement. ». A Dieppe, Christophe construit sa nouvelle vie et ses futurs souvenirs : « Pendant que mes copains le mercredi et le dimanche rejoignaient les stades des environs pour taper dans le ballon, mon grand frère et moi, lancions le bâton avec les majorettes. Nous étions les deux seuls mecs parmi une flopée de filles. Quand mes potes nous traitaient de pédés, je les rembarrais en leur expliquant que nous, nous partagions les vestiaires avec 40 filles, pendant qu’eux se tripotaient la nouille entre mecs. ». Pas de doute, le Dié a de la répartie.

Habitué des classes-voies de garage, des “classes pré-professionnelles de niveau”, comme on disait à l’époque, les fameuses et infamantes “CPPN”, il est repéré “dysgraphique” et “dysorthographique” par un de ses maîtres qui convoque son père pour l’en informer. Le professeur suggère alors dans l’intérêt de Christophe, que son père lui achète une machine à écrire. « Il m’a retourné une taloche direct. Lui, l’ouvrier avait pris ça pour de la fainéantise. ». Le gamin n’a rien d’un cossard. Bien au contraire, il a soif de culture. Abonné au Centre d’Art et de Culture de cette ville communiste, il emprunte autant qu’il peut, disques et BDs. « Je me souviens qu’à l’époque j’écoutais plein de choses dont Jacques Higelin. Je chantais les paroles avec lui, par-dessus lui. ». A 16 ans, il devance l’appel et part à l’armée. Dans sa chambrée, un trouffion, à peine plus âgé, l’initie à la guitare et c’est sur Mon Frère, la chanson de Maxime Le Forestier qu’il se fait la corne du bout des doigts de la main gauche.

D’une aventure – folle et passionnée – avec une femme mariée naîtra une fille, sa fille. Lui n’a alors que 18 ans de plus et se fera dégager par le couple la semaine suivante de la naissance. « J’avais trop honte, surtout vis à vis de ma famille. Ma mère avait commencé à tricoter pour le bébé. Je suis parti. Direction Paris. 3 ans de galère, 3 ans à vivre dans la rue. Je sais que si, un jour, je gagne de l’argent, je donnerai au Droit au Logement (DAL) car la rue peut détruire une vie » confie-t-il.

La rue n’a pas totalement détruit ce garçon révolté, mais elle l’a abimé comme s’abime une pomme trop tôt tombée de l’arbre. « J’étais très en colère. Tout le temps ! A tel point que Jimmy, mon maître de guitare que je venais de rencontrer, me surnomma : Que d’la haine » balance ce long échalas au sourire prononcé. « Jimmy, c’était un dieu de la guitare. Il me donnait des cours que je payais en acide. C’était son truc » lâche-t-il avant de préciser « les cours pouvaient durer 12 heures ou plus, ça dépendait en fait, de la qualité du buvard ». En 1987, Le Dié est admis comme guitariste au CIM, la toute première école parisienne de jazz et de musiques actuelles parrainée par Quincy Jones. A deux jours de la rentrée, au sortir d’une séance de yoga sous champignons, il se flingue le fléchisseur de l’index de la main gauche en se lavant les pieds dans un lavabo qui lâche. La vie est ainsi faite, la sienne en tout cas.  Si il ne sera jamais ce superbe guitariste qu’il rêvait d’être. Rien ne l’empêche, par contre, pas même son doigt raidi, d’écrire les chansons qui habitent son esprit. « J’ai toujours adapté mes rêves à ma réalité. Mon ambition aujourd’hui : faire du bien avec mes chansons. C’est mon rôle en quelque sorte » avance-t-il sans regret.

Le hasard des rencontres le conduisent vers d’autres cordes, celles qu’on laisse filer le long des façades abruptes et auxquelles s’arriment les va-t-en l’air de la réhabilitation urbaine. Dans ces années là, ils sont peu nombreux à jouer les hommes-araignées et gagnent très bien leur vie passant des angles droits du CNIT à la Défense aux tourelles et aux dômes de l’Opéra de Paris. L’ivresse créative du vide, cette presqu’apesanteur conjuguée à la liberté du créateur délesté du fardeau du quotidien que représente l’argent impose un premier single : Es-tu bien vaché*, enregistré le plus simplement du monde : guitare et voix, basta !

En 199 … naît Léo, Léo Ferrand, son fils. Il n’a pas 5 ans quand ses parents décident de partir s’installer à Marseille. « Un cordiste a toujours du boulot.» explique-t-il. Deux ans à monter et descendre suspendu au bout d’une corde, sous le regard de la Bonne Mère, « le cul dans le vide » comme il dit, et une nuit, le cauchemar. « Je me vois tomber. ». Plus possible de continuer. « A l’époque, je vivais aux Catalans, pas loin de la plage et du Pharo, en face du Bar de l’Avenue. Souvent, je descendais avec ma guitare sous le bras, juste pour le plaisir de pousser la chansonnette aux habitués. ». Parmi eux, le patron d’une entreprise de nettoyage qui deviendra son ami. « Il a mis 1000€ sur la table afin que je publie mon premier EP. Un cinq titres est pressé, en partie offert à ses clients. » se remémore Le Dié.

Avec ses Glorious, le “band” de potes qui l’accompagne, Christophe Ferrand arpente les bars de la cité phocéenne ou de l’arrière pays, jusque sur les contreforts des sommets alpins.

Un soir, à la sortie d’un concert, Florent Silve l’approche. Musicien marseillais, bassiste et contrebassiste (Bénabar, Salvatore Adamo,..) , Florent est intrigué par cette voix « qui chante un peu trop haut » et par ce personnage « toujours à fond ». Disponible à ce moment là, il se décide à traverser le Rubicon, réalise et arrange l’album avec l’appui de co-producteurs et amis de Christophe (Christian Michel & Frédéric de Fyn).

Pour structurer ce projet et accompagné par l’AMI , Florent Silve crée une société de productions et d’ éditions le label Free Monkey Records voit le jour.  Durant plus d’un an, les deux musiciens se retrouvent quotidiennement ou presque.

Florent arrange les treize titres avec passion et coache le chanteur sur son placement de voix, avant d’enregistrer l’album dans un studio marseillais (Recording Studio) avec des musiciens amis, des pointures pour la plupart (Fabien Haimovici à la batterie, Julien Amédro au violoncelle, Martin Saccardy au buggle, trompette, et aux arrangements cuivres, Simon Andrieux au trompbone, Ariane Murcia et Mel Paoletonni aux chœurs et bien évidemment Florent Silve à la contrebasse, guitares, piano et percussions.

Fin 2017, Voilà le Dié arrive dans les bacs. Célébré à Marseille comme il se doit, entouré d’amis et d’amour, il est choyé tel un oisillon qui a du mal à se satisfaire du seul plancher des vaches, tout en regardant les cimes lointaines des arbres vers lesquels il volera sous peu.

Délicatement brodés et ourlés dans les moindres recoins par Florent Silve, ces treize titres livrent le meilleur des intentions premières du Dié. Ils révèlent, plage après plage, un fin mélodiste et une personnalité rare, qui n’hésite pas aujourd’hui encore à faire des ménages, après avoir poser des paratonnerres au sommet des églises, pour conserver cette liberté chérie et clamer son amour inconditionnel de la vie.

Baba Squaaly

* : terme utilisé par les alpinistes et les cordistes pour se sécuriser à un point de relais.

mars 6, 2018

  • Encore merci;Mr sqaaly pour tes mots dits.
    fou ce q’une plume peux faire,entre des doigt reliés,a l’essence même ,de la poésie..
    Ami.bravo,bisous d’amour.

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