Christophe Ferrand

Christophe Ferrand ne manque ni de soul ni de cool, son univers est poignant. Lavilliers, Higelin, mais aussi Conte et Waits ne sont pas loin.

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Critique écrite le 11 avril 2018 par Pirlouiiiit

 Il y a un paquet d’années je tombais sur un gars écorché qui chantait seul sur un des quais du Vieux Port … je venais de faire connaissance du Dié. 3 ans après je le retrouvais en charmante compagnie à la Machine à Coudre. 4 années encore après je découvre qu’il vient de sortir sous son vrai nom Christophe Ferrand un premier album hyper bien enregistré (au Recording Studio Marseille) et arrangé par Florent Silve qui joue un rôle central dans cette transformation puisqu’il est aussi à la réalisation et direction artistique ainsi qu’à tous plein d’instruments. Et quelle réussite ! Tellement que je ne sais pas par quel bout prendre cette chronique. Par sa voix peut être pour dire qu’elle fait terriblement penser à celle de Louis Ville (qui elle-même est régulièrement comparée à celles de Tom Waits ou Arno). J’ajouterais qu’il y a aussi chez lui un côté Paolo Conte ou encore Jo Corbeau (si si je vous assure). Musicalement c’est riche et varié, comme son répertoire l’a toujours été, superbement joué et magnifiquement accompagné par des chœurs dignes de ceux d’un Leonard Cohen ou d’un Joe Cocker. Les textes parlent d’amour, de travail, de voyages, de Marseille un peu aussi (de façon indirecte) … ; c’est parfois un peu cru, en tout cas toujours sincère et direct. Çà braille, ça caresse, ça chuchote, … et au final ça fait mouche. Cela faisait longtemps que je n’avais pas entendu de la chanson française aussi habitée sur disque ; et d’après les échos que j’ai eu de son récent showcase au Lollipop, sur scène aussi il est particulièrement impressionnant.
Pirlouit

Concert and Co

Album de Christophe Ferrand

« Voilà le Dié »

Disponible sur toutes les plateformes de streaming et téléchargements

Songbook de Christophe Ferrand

Guitares / Piano 

 

« Chapeau de fauché, mais pas d’ardoise » chante avec une distinction non feinte, le Dié sur And the Glorious, un des treize titres de son premier album. « Chapeau de fauché, mais pas d’ardoise », ça pose un homme !

Le Dié, Christophe Ferrand de son vrai nom est né le 20 avril 1963 à Dieppe, mais la famille partit en Lorraine une bourgade à la frontière luxembourgeoise qu’il quittera à l’âge de 10 ans avec ses parents, sa sœur et ses deux frères. De son enfance alsacienne, il ne garde que des bons souvenirs : « Mon père travaillait dans la sidérurgie, ma mère s’occupait de nous et de la maison » raconte-t-il avant d’ajouter comme pour dater au charbon ses premiers émois musicaux : « Tous les dimanches, ils traversaient la rue pour aller danser aux sons de l’orchestre de bal dans la salle de fêtes située juste en face. A 5 ans, j’ai commencé à les accompagner semaine après semaine. ».

C’est en camion que la famille Ferrand rejoint la Normandie, son nouvel ancrage. « J’ai pleuré durant presque tout le voyage. ». A Dieppe, Christophe construit sa vie et ses futurs souvenirs : « Pendant que mes copains le mercredi et le dimanche rejoignaient les stades des environs pour taper dans le ballon, mon grand frère et moi, lancions le bâton avec les majorettes. Nous étions les deux seuls mecs parmi une flopée de filles. Quand mes potes nous traitaient de pédés, je les rembarrais en leur expliquant que nous, nous partagions les vestiaires avec 40 filles, pendant qu’eux se tripotaient la nouille entre mecs. ».

Pas de doute, le Dié a de la répartie.

Habitué des classes-voies de garage, « des classes pré-professionnelles de niveau », comme on disait à l’époque, les fameuses et infamantes “CPPN”, il est repéré “dysgraphique” et “dysorthographique” par un de ses maîtres qui convoquera son père. Le professeur après lui avoir fait part du constat, suggère dans l’intérêt de Christophe, que son père lui achète une machine à écrire. « Il m’a retourné une taloche directe. Lui, l’ouvrier avait pris ça pour de la fainéantise. » Le gamin n’a rien d’un cossard. Bien au contraire, il a soif de culture. Abonné au Centre d’Art et de Culture de cette ville communiste, il emprunte autant qu’il peut disques et BDs. « Je me souviens qu’à l’époque j’écoutais pleins de choses dont Jacques Higelin.

Je chantais les paroles avec lui, par-dessus lui. ».

A 16 ans, il devance l’appel et part à l’armée. Dans sa chambrée, un troufion, à peine plus âgé, l’initie à la guitare et c’est sur Mon Frère, la chanson de Maxime Le Forestier qu’il se fait la corne du bout des doigts de la main gauche.

D’une aventure – folle et passionnée – avec une femme mariée naîtra une fille, sa fille. Lui n’a alors que 18 ans de plus et se fera dégager par le couple réuni la semaine suivante  de la naissance. « J’avais trop honte, surtout vis à vis de ma famille ; ma mère avait commencé à tricoter pour le bébé. Je suis parti. Direction Paris. 3 ans de galère, 3 ans à vivre dans la rue. Je sais que, si un jour, je gagne de l’argent, je donnerais au Droit au Logement (DAL) car la rue peut détruire une vie » confie-t-il.

Si la rue ne détruit pas totalement ce garçon révolté, elle l’abime comme s’abime une pomme trop tôt tombée de l’arbre. « J’étais très en colère. Tout le temps ! A tel point que Jimmy ; mon maître de guitare que je venais de rencontrer, me surnommait Que d’la haine » balance ce long échalas au sourire prononcé. « Jimmy, c’était un dieu de la guitare. Il me donnait des cours que je payais en acide. C’était son truc » lâche-t-il avant de préciser « les cours pouvaient durer 12 heures ou plus, ça dépendait en fait de la qualité du buvard ». En 1987, Le Dié est admis comme guitariste au CIM, la toute première école parisienne de jazz et de musiques actuelles parrainée par Quincy Jones. « A époque, je dealais du shit et gagnais bien ma vie. ». A deux jours de la rentrée, au sortir d’une séance de yoga sous champignons, il se flingue le fléchisseur de l’index de la main gauche en se lavant les pieds dans un lavabo qui lâche.

La vie est ainsi faite, la sienne en tout cas. 

S’il ne sera jamais ce superbe guitariste qu’il rêvait d’être. Rien ne l’empêche, par contre, pas même son doigt raidi, d’écrire les chansons qui habitent son esprit. « J’ai toujours adapté mes rêves à ma réalité. Mon ambition aujourd’hui : faire du bien avec mes chansons. C’est mon rôle en quelque sorte »

avance-t-il sans regret.

Le hasard des rencontres le conduit vers d’autres cordes, celles qu’on laisse filer le long des façades abruptes et auxquelles s’arriment les va-t-en l’air de la réhabilitation urbaine. Dans ces années là, ils sont peu nombreux à jouer les hommes-araignées et gagnent très bien leur vie passant des angles droits du CNIT à la Défense aux tourelles et aux dômes de l’Opéra en plein Paris. L’ivresse créative du vide, « du cul dans le vide » comme il dit, cette presqu’apesanteur conjuguée à la liberté du créateur délesté du fardeau du quotidien que représente l’argent impose un premier single : Es-tu bien vaché*,

enregistré le plus simplement du monde : guitare et voix, basta !

« Mon gamin a 5 ans quand sa mère me quitte » raconte-t-il d’un ton aujourd’hui apaisé, « puis revient. On décide  de partir se réinventer dans le sud. » Une semaine après, Le Dié et sa petite famille s’installent à Marseille. « Un cordiste a toujours du boulot.» explique-t-il. Deux ans à monter et descendre suspendu au bout d’une corde, sous le regard de la Bonne Mère, « le cul dans le vide » comme il dit, et une nuit, le cauchemar. « Je me vois tomber. ». Plus possible de continuer.

« A l’époque, je vivais aux Catalans, pas loin de la plage et du Pharo, en face du Bar de l’Avenue. Souvent, je descendais avec ma guitare sous le bras, juste pour le plaisir de pousser la chansonnette aux habitués. Parmi eux, le patron d’une entreprise de nettoyage qui deviendra son ami. Il a mis 1000€ sur la table afin que je publie un premier EP. Un cinq titres est pressé, en partie offert à ses clients. »

se remémore Le Dié.

Avec ses Glorious, le “band” de potes qui l’accompagnent, Christophe Ferrand arpente les bars de la cité phocéenne ou de l’arrière pays, jusque sur les contreforts des sommets alpins.

Un soir à la sortie d’un concert, Florent Silve l’approche. Musicien marseillais, bassiste et contrebassiste de Bénabar, Florent est prêt à traverser le Rubicon.

Pour signer ce premier album, il crée Free Monkey Records, une entité qui réunit un label et une société d’édition.

Durant plus d’un an, les deux musiciens se voient quotidiennement ou presque. Florent arrange  ces treize titres avec passion et fait travailler le placement du chanteur. Avec des musiciens amis, il enregistre l’album avant de le mixer avec un doigté d’orfèvre.  

Fin 2017, Voilà le Dié arrive. Célébré à Marseille comme il se doit, entouré d’amis et d’amour, il est choyé tel un oisillon qui a du mal à se satisfaire du seul plancher des vaches, tout en regardant les cimes lointaines des arbres vers lesquels il volera sous peu.

Délicatement brodés et ourlés dans les moindres recoins par Florent Silve, ces treize titres livrent le meilleur des intentions premières du Dié. Ils révèlent un fin mélodiste et une personnalité peu commune, qui n’hésite pas aujourd’hui à faire des ménages, après avoir poser des paratonnerres aux sommets des églises pour conserver cette liberté chérie et clamer son amour inconditionnel de la vie.

Baba Squaly

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